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26 janvier 1947 – Et toi petit enfant….

 
Naissance
 
   Tu es né un matin de janvier, en mème temps que tombait le premier flocon de neige. C’était en Bretagne, et la neige y est trés rare. Pourquoi, pour t’accueillir ce premier signe du ciel ? La neige continuait, habillant le paysage d’un linceul immaculé. Ton berceau etait tout prés de moi, et je n’arrivais pas à me pencher sur ton petit visage tout neuf, bien innocent des larmes versées par ta maman. J’appréhendais et j’espérais en mème temps retrouver ce regard, les grands yeux noirs de celui qui n’était pas là, qui ne serait jamais là. Non, je n’osais pas te regarder encore, mon cher petit inconnu sorti de moi. Tu etais tout ce qui me restait d’un grand amour, d’une terrible passion qui s’était abattue dans ma vie et n’avait duré qu’une année entre deux lundis de Pentecotes. Cet homme qui ne fut ton papa que de sang ne voulut jamais croire à sa paternité. Je ne devais plus jamais le revoir.
Nous étions seuls tous deux ce matin-là. C’était un dimanche. Toute la nuit, j’avais préparé dans ma loge, les costumes des  » Mousquetaires au couvent  », dans ce joli petit théatre de Saint-Brieuc, dont j’etais la directrice. Je m’arretais de temps en temps, quand les douleurs devenaient trop aigues. Je m’etais distribué le role de la Mère supérieure (le costume dissimulait facilement mes rondeurs). Une autre a joué à ma place. La salle etait comble. Deux petits garçons dans une loge d’avant-scène avaient crié trés fort, avant que le spectacle commence : "On a un petit frère !" Et le public avait éclaté en applaudissements. Oui, mon cheri, dés ton premier jour tu as été salué dans un théatre, par un tonnerre d’applaudissements. Ce public anonyme, c’etait un peu notre famille. Ils aimaient leur jeune directrice, me donnaient de vraies marques d’affection. Ce jour-là, tu as été adopté par plein de papas inconnus. Mes deux petits bonshommes, Jean-Pierre et Yves-Marie, six ans et trois ans, eux, ils etaient seulement tout joyeux d’avoir un petit frère et de faire applaudir leur maman. Ils ne se souciaient pas d’autre chose……
Ce paragraphe est extrait du livre de Mado MAURIN,  »Patrick DEWAERE – Mon fils, cet inconnu » paru en septembre 1993.